Séminaire 2017-2018 « Santé et sexualités »

Quand la médecine croise l’intime : nouvelles normes et enjeux contemporains

 

Présentation générale

Ce séminaire de recherche interdisciplinaire a pour objectif d’approfondir les interactions (et parfois les écarts) entre les questions de santé et de sexualité, notamment à partir de la notion de santé sexuelle.

L’une des spécificités de la recherche sur le VIH/sida est d’avoir, dès le départ, essayé de penser ensemble les enjeux de sexualité et de santé, en y ajoutant de surcroît une perspective éthique de droits du patient et de lutte contre les discriminations et la stigmatisation. L’un de ses écueils est sa tendance à n’envisager les sexualités qu’à travers ce prisme de santé publique ou de promotion de la santé.

Ce séminaire veut donc réfléchir à ces relations, en faisant connaître les recherches en sciences sociales les plus récentes à ce sujet. En effet, les approches de sciences sociales sur les questions de santé sont encore souvent délégitimées au profit des approches biomédicales. Or ce champ particulièrement dynamique permet de saisir d’autres enjeux, notamment les dimensions sociales, politiques et subjectives de la santé et des sexualités. Ce séminaire veut donc relancer le dialogue entre champs de recherche, disciplines, professionnels et militants, tout en offrant une actualisation des connaissances à partir de la confrontation de points de vue issus de champs différents.

En pratique

Le séminaire a lieu, sauf exceptions, les mardis après-midi de 14h00 à 16h30 à l’Université Saint-Louis, 43 boulevard du Jardin Botanique, Salle des examens.

Il est gratuit et ouvert à tous.tes : chercheur.es, étudiant.es, intervenant.es psycho-médico-sociales, individu.es…

Programme

24/10/17 18h00 La santé sexuelle : histoire du concept et approche critique
16/11/17 14h00 Le traitement préventif du VIH (PrEP) chez les gays et les migrants : quels enjeux ?
18/12/17 19h00 Séance spéciale autour du film « 120 battements par minute »
30/01/18 14h00 Filiation, genre et sexualité à travers la PMA et la GPA
27/02/18 14h00 Sexualité, genre et contraception
13/03/18 14h00 Les trajectoires et engagements des femmes séropositives
24/04/18 14h00 Les parcours trans’ : enjeux de santé et de sexualité
29/05/18 14h00 Santé et sexualités en prison (et à la sortie)
19/06/18 18h00 Multipartenariat : infidélité et espaces de négociation

 

Mardi 24 octobre 2017 18h00-20h30 Salle des examens
La santé sexuelle : histoire du concept et approche critique

Discutants : David Paternotte (ULB) et Tereza Tylova (CPF Leman d’Etterbeek)

Alain Giami

« La stratégie nationale de santé sexuelle en France : de l’émergence d’une notion à la mise en place d’un dispositif politique de santé publique. »

  • Le concept de santé sexuelle a été forgé au cours des années 1970 par un groupe de sexologues européens et nord américains œuvrant dans le contexte de l’OMS. Ce concept a évolué au fil des années et s’est construit avec l’ajout de la notion de droits sexuels qui y ont été articulés de façon indissociable. Des organisations internationales telles que l’OMS, l’IPPF ou la WAS ont forgé la notion moderne de santé sexuelle / droits sexuels.  C’est au cours de l’année 2016 que le Haut Comité pour la Santé Publique (HCSP) en France a publié son rapport sur la santé sexuelle et reproductive, suivi de la mise en place d’une stratégie nationale de santé sexuelle (2017-2030). On discutera les tensions existantes entre santé sexuelle et santé reproductive, les places reproductives de la santé reproductive et du dispositif de production du sida et des IST et enfin l’utilisation qui est faite des droits humains. On s’interrogera sur les fonctions respectives des notions de santé et de droits comme régimes contemporains de vérité de la sexualité.
  • Alain Giami est chercheur en sciences sociales. Directeur de recherche à l’Inserm, il dirige l’équipe de recherche « Genre, sexualité, santé ». Il a publié plusieurs ouvrages dont notamment en collaboration avec Pierre Moulin et Emilie Moreau : Infirmières et sexualité : entre soins et relations  (Presses de l’EHESP, 2015) ;  avec Gert Hekma : Sexual revolutions (éditions Palgrave, Juin 2014 ; publié en français aux éditions la Musardine, 2015) ;  Des sexualités et des handicaps : Questions d’intimité, avec Bruno Py et Anne Marie Toniolo (Presses Universitaires de Lorraine, 2013) ;  L’expérience de la sexualité chez de jeunes adultes, avec Marie-Ange Schiltz (éditions Inserm, 2004). Il a en outre publié près d’une centaine d’articles dans des revues scientifiques françaises et internationales. Il travaille sur les questions liées à la sexualité et en particulier aux dispositifs médicaux et politiques de la sexualité. Il développe actuellement un programme de recherche internationale sur les Transgenres / Transsexuels (France, Brésil, Italie, Norvège, Chili) ainsi qu’une étude des transformations de la sexologie contemporaine vers la médecine sexuelle, la santé sexuelle et les droits sexuels. Il travaille en outre sur les formes d’implication subjective face aux questions de sexualité.

Brenda Spencer

« Prestations en santé sexuelle et reproductive : quel impact des représentations du genre ? »

  • Les données probantes (Evidence-Based Medicine) sont de plus en plus avancées comme fondements des activités médicales. Néanmoins, pour les sciences sociales, ces activités se fondent également sur des discours, des logiques institutionnelles, des représentations… Ainsi, nous pouvons questionner les rôles attribués à l’homme et à la femme hétérosexuel-le dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive (SSR). A travers une série d’exemples tirés de différents aspects de la SSR, on mettra en évidence les différences de traitement entre les hommes et les femmes et ainsi, ce que ces différences peuvent impliquer en termes de perception des rôles du genre des décideurs et des professionnel-le.s concerné-e-s par la SSR.
  • Brenda Spencer est Responsable de secteur de recherche au Centre d’évaluation et d’expertise en santé publique (CEESAN)  et au Centre d’Epidémiologie Clinique (CepiC) de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), situé à Lausanne. Psychosociologue, elle est titulaire d’un Doctorat en santé publique. Spécialisée dans la Santé sexuelle et reproductive, elle s’intéresse notamment à l’impact des rapports de genre dans ce domaine. Par ailleurs, elle a un intérêt particulier dans la promotion de la santé et dans les méthodes de recherche qualitatives. Elle est l’un-e des auteur-e-s princip-aux-ales de l’Outil de catégorisation des résultats de promotion de la santé et de prévention (OCR), reconnu internationalement pour la planification et l’évaluation des interventions. Avant de s’installer en Suisse, elle a conduit sa carrière au Royaume-Uni, en France ainsi que dans certains pays sub-sahariens.

Jeudi 16 novembre 2017 14h00-16h30 Salle des examens
Le traitement préventif du VIH (PrEP) chez les gays et les migrants : quels enjeux ?

Discutants : Chloé Wyndham Thomas (Hôpital Erasme), Olivier Schmitz (UCL)

Vinh-Kim Nguyen

« Pour une histoire de la fin du sida : perspectives anthropologiques sur la PrEP. »

  • Suite aux essais « Ipergay » et « Proud », il y a eu un engouement pour la PrEP autant dans les milieux gays des métropoles du Nord que dans les programmes de lutte contre le sida en Afrique, où l’on y voit un outil pour combattre la lassitude et l’épuisement financier des grands bailleurs. Cependant l’efficacité de la PrEP est autant biologique que sociale, construite à travers des mobilisations communautaires, l’intuition clinique, l’alchimie mathématique, et le pouvoir de convoquer — et inciter — la population « juste » : comment réunir ses conditions « gagnantes » loin des berceaux franco-britanniques ? Qu’est-ce que la PrEP et son déploiement peut nous renseigner, plus largement, sur l’entreprise biomédicale aujourd’hui,  la constitution d’un appareil de santé mondiale (Global Health) et la post-colonialité africaine ?
  • Vinh-Kim Nguyen est médecin et anthropologue. À Genève il enseigne à l’Institut des Hautes Études internationales et de Développement où il coordonne également une équipe ERC travaillant sur l’« Éradication » du VIH. Il a été médecin du VIH de 1992 à 2012 à Montréal (Clinique l’Actuel) où il continue à exercer en milieu hospitalier (urgence et soins aigüs).

Laure Hadj

« De l’acceptabilité à l’accès à la PrEP chez les migrants originaires d’Afrique subsaharienne installés en Ile-de-France. »

  • En 2016, parmi les personnes originaires d’Afrique subsaharienne rencontrées, aucune n’avait entendu parler de la PrEP. Après explications, elles envisageraient d’utiliser cette nouvelle offre de prévention à l’infection du VIH moyennant cependant de lever les confusions ou les inquiétudes qu’elle peut susciter. En 2017, selon les professionnels de santé rencontrés aucun migrant originaire d’Afrique subsaharienne ne serait sous PrEP. Des mobilisations de médecins et/ou d’acteurs associatifs se développent pour favoriser l’accès à la PrEP chez ces populations.
  • Laure Hadj est enseignante-chercheure en socio-démographie à l’université de Picardie. Ses travaux de recherche portent sur les inégalités, les formes de solidarités et l’intégration sociale inégale. Rattachée au Curapp, elle est également chercheure associée à la FMSH à la chaire anthropologie & santé mondiale dirigée par Vinh-Kim Nguyen.

Lundi 18 décembre 2017 19h00-22h00 Cinematek (Monts des arts, Rue Baron Horta 9, 1000 Bruxelles)
Séance spéciale, en collaboration avec Pink Screens, autour du film « 120 battements par minute »

Projection du film en présence de son réalisateur, Robin Campillo (sous réserve)

Christophe Broqua

« Ce que montre et ne montre pas 120 battements par minute »

  • La projection à Cannes puis la sortie en France du film 120 battements par minute ont provoqué un concert d’éloges étonnement unanimes, entaché de très rares critiques (certes parfois très dures). L’émotion et l’intérêt suscités méritent d’être interrogés en même temps que le contenu du film qui les a inspirés. Il s’agira tout d’abord de comprendre les enjeux de sa réception à partir de ce que montre mais aussi ce que ne montre pas le film de l’histoire d’Act Up ou des homosexuels confrontés au sida, puis d’éclairer les logiques sociales et politiques de la mémoire, dans son lien avec l’histoire, telles que révélées par quelques-unes des réactions au film et à son impact.
  • Christophe Broqua est socio-anthropologue, chercheur au Département d’anthropologie et de sociologie, IHEID (Genève). Il a consacré ses premières recherches aux mobilisations collectives liées au sida en France, en particulier au sein d’Act Up. À partir de 2003, il a mené une enquête au long cours sur les formes sociales et politiques de l’homosexualité dans trois pays d’Afrique de l’Ouest francophone (Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal). Dans le prolongement de ses travaux antérieurs, ses recherches actuelles portent sur l’histoire des mobilisations politico-scientifiques relatives à la prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP) en France et en Afrique de l’Ouest francophone. Il a notamment publié Agir pour ne pas mourir ! Act Up, les homosexuels et le sida (Presses de Sciences Po, 2006) et codirigé « L’internationalisation des causes sexuelles » (Critique internationale, n° 70, 2016).

Mardi 30 janvier 2018 14h00-16h30
Filiation, genre et sexualité à travers la PMA et la GPA

Marta Roca i Escoda

« La procréation partagée comme modalité d’entrée en parenté des couples lesbiens en Catalogne »

  • Cette présentation visera à montrer comment la composante biogénétique est engagée dans la conception de la filiation, du point de vue du droit, mais aussi de la parenté, à travers les pratiques procréatives des couples lesbiens en Catalogne. Je vais montrer comment dans ces débats et pratiques, le corps est engagé dans la formation de la parenté homosexuelle. Pour ce faire, je vais me focaliser sur une configuration nouvelle de la procréation issue du développement des techniques de reproduction assistée, la modalité appelée ROPA (réception des ovocytes de la partenaire).
  • Marta Roca i Escoda est docteure en sociologie de l’Université de Genève. Actuellement elle occupe le poste de co-directrice au Centre en Etudes genre de l’Université de Lausanne. Ses recherches portent sur les mobilisations du droit et l’action publique depuis une perspective de genre et des sexualités. Elle est rédactrice en cheffe adjointe de la revue sociologieS dirigée par Jean Louis-Genard . Elle a récemment publié, en 2016, « L’utilisation politique du langage moral de la reconnaissance : une neutralisation du concept de discrimination ? », dans la revue Genre, sexualité et société, « Nouvelles modalités d’entrer en parenté et d’établir la filiation. La maternité partagée par les couples lesbiens en catalogne » dans le Journal des anthropologues et « Incidences de la composante biogénétique dans la reconnaissance de la filiation monosexuée en Espagne »,  dans Enfances, Familles, Générations.

Jérôme Courduriès

« Ce que fait la gestation pour autrui aux conceptions de la parenté et de la sexualité reproductive. L’exemple français »

  • La gestation pour autrui (GPA) est une technique d’assistance médicale à la reproduction et participe à ce titre à la déliaison qui s’est amplifiée ces dernières décennies entre sexualité conjugale, reproduction et parenté. Elle la pousse plus loin encore concernant les femmes puisque dans le cadre d’une gestation pour autrui, jusqu’à trois femmes peuvent être impliquées et prendre en charge chacune une parcelle des attributs d’ordinaire maternels. Des figures concurrentes peuvent émerger et une première ligne directrice des représentations occidentales de la parenté est ainsi contestée : celle de l’exclusivité de la filiation . La GPA est par ailleurs la voie sans doute privilégiée par les gays français pour devenir pères sans mère et contribue ainsi à la mise en question de la filiation bi-sexuée. Ensuite l’émergence d’autres figures que les deux seuls parents, qui prennent part à la conception et à la venue au monde d’un enfant, interroge les contours du groupe de parenté. Enfin, l’existence même de ces enfants, dont la naissance a été voulue par des parents français qui les élèvent sur le sol français pose à la justice et à l’Etat civil français une question qui ne lui avait plus été posée depuis la disparition dans le droit français de la filiation illégitime : à quelles conditions l’enfant d’un français (y compris lorsqu’il est son géniteur) peut-il être reconnu comme le sien aux yeux de l’Etat civil français ? Ces différents points permettront de voir comme la gestation pour autrui constitue un défi pour les conceptions euro-américaines de la parenté dont les grandes lignes ont été identifiées par David Schneider (1968). Je m’appuierai sur la littérature disponible, mais aussi sur une enquête à caractère ethnographique menée auprès de 26 familles françaises ayant un ou plusieurs enfants nés d’une gestation pour autrui et auprès de magistrats français.
  • Jérôme Courduriès est anthropologue, maître de conférences à l’Université Toulouse Jean Jaurès en France et chercheur au Centre d’anthropologie sociale du Laboratoire interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires (LISST-CAS). Il est membre de l’équipe du programme de recherche ETHOPOL Du gouvernement des sentiments familiaux financé par l’Agence nationale de la recherche. Ses recherches s’inscrivent dans les domaines de l’anthropologie de la parenté, de l’anthropologie du genre et de l’anthropologie de la personne. Après avoir travaillé sur la conjugalité homosexuelle masculine, il s’est intéressé à ce que l’homosexualité produit sur l’expérience de la parenté. Il travaille aujourd’hui sur la gestation pour autrui, sur la façon dont s’élabore la parenté autour d’un enfant né grâce à cette technique d’assistance à la reproduction et sur le parcours juridique des personnes qui demandent à changer de sexe à l’état civil. Plus largement, il s’intéresse à la manière, dans les sociétés euro-américaines, dont les relations, notamment de parenté, participent à la définition de la personne et dont le droit contribue à fabriquer à la fois les relations de parenté et les définitions de soi. Il a notamment publié aux Presses universitaires de Lyon en 2011 Être en couple (gay). Conjugalité et homosexualité masculine en France. Il a aussi coordonné avec Agnès Fine l’ouvrage collectif Homosexualité et parenté paru chez Armand Colin en 2014, avec Cathy Herbrand le dossier « Parenté et techniques de reproduction assistée : les enjeux contemporains au regard du genre » de la revue Enfances Familles Générations paru en 2014 et avec Sébastien Roux le dossier « La reproduction nationale » de la revue Genèses paru en septembre 2017. Il a également écrit « Nommer son enfant lorsqu’on est deux parents du même sexe en France au XXIe siècle », article paru en juin 2017 dans le dossier « Le nom des femmes » de la revue Clio Femmes, genre, histoire.

Mardi 27 février 201 14h00-16h30 Salle des examens
Sexualité, genre et contraception

Discutante : Valérie Piette

Cécile Thomé

« Jouir sans entraves » ? Analyse des effets sur la sexualité de la féminisation de la contraception

  • Cette communication vise à interroger l’évolution de la responsabilité contraceptive en France depuis la légalisation des méthodes médicales de contraception (1967) ainsi que les effets que cette évolution a eu sur la sexualité hétérosexuelle. Elle s’appuie sur un corpus de 71 entretiens ainsi que sur des données quantitatives issues des enquêtes FECOND (2010, 2013, Inserm/Ined). On reviendra d’abord sur la féminisation de la contraception (et même de l’utilisation du préservatif masculin) ainsi que de la responsabilité qui y est associée, en s’intéressant aux différents aspects de ce « travail contraceptif » qui peut être aussi bien logistique que mental. Dans un second temps, il s’agira de voir comment cette responsabilisation des femmes a des effets genrés sur la sexualité, aussi bien en termes de représentations que de désir et de plaisir.
  • Cécile Thomé est doctorante en sociologie à l’EHESS/Iris et ATER en sociologie à Science Po Paris. Elle co-dirige depuis 2014 le laboratoire junior GenERe (« Genre : épistémologie et recherches ») et est membre depuis 2016 du laboratoire junior « Contraception et genre ». Elle s’intéresse dans le cadre de son travail de thèse aux effets sur la sexualité et les rapports de genre de la contraception ainsi que de la protection contre les IST, en France, depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui.

Cécile Ventola

« La place des représentations professionnelles du genre et de la sexualité dans les recommandations contraceptives : une comparaison France/Angleterre »

  • TEn France et en Angleterre, les contraceptions masculines occupent des places très différentes dans la structure des usages contraceptifs : la vasectomie et le préservatif sont utilisés par la moitié des usager.e.s outre-Manche et par seulement 15 % des personnes en France. Ces différences nationales sont explorées à partir d’une comparaison des pratiques et des représentations des professionnel.le.s de santé en charge de la recommandation et de la prescription contraceptives. L’encadrement des pratiques, la formation des professionnel.le.s et les orientations politiques des deux pays participent à des appréhensions très contrastées de l’implication des hommes en matière contraceptive.
  • Cécile Ventola est sociologue et docteure en santé publique, spécialiste du genre et des systèmes de santé. Elle a soutenu en 2017 sa thèse « Prescrire, proscrire, laisser choisir : Autonomie et droits des usager.e.s des systèmes de santé en France et en Angleterre au prisme des contraceptions masculines » à l’Université Paris Sud XI, sous la direction de Nathalie Bajos et Agnès Fine. Elle est actuellement chargée d’études à l’Institut National des Etudes Démographiques.

Mardi 13 mars 2018 14h00-16h30 Salle des examens
Les trajectoires et engagements des femmes séropositives

Vanessa Fargnoli

« Mourir du regard des autres » : expériences et perceptions du stigma de femmes séropositives ordinaires en Suisse romande

  • Ne pas appartenir à un groupe identifié comme « à risque » protège-t-il des stigmas originels du sida ? C’est à cette question que je tenterai de répondre, à travers trente récits de vie de femmes séropositives « ordinaires » en Suisse romande, en abordant les thématiques du self-stigma, de la discrimination et de la pénalisation du VIH.
  • Vanessa Fargnoli est doctorante en sociologie à l’université de Genève au sein du Pôle de recherche national « LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie ». Ses intérêts de recherche concernent la sociologie de la santé, de la santé sexuelle, le VIH/sida et les violences basées sur le genre. Elle a notamment participé à des recherches portant sur les barrières au dépistage du cancer cervical, sur le risque génétique de cancer et sur une approche participative visant à réduire les inégalités de santé pour les « femmes migrantes ». Elle participe actuellement à une recherche sur « les droits sexuels en tant que base à l’éducation sexuelle en Suisse ». Son mémoire de Master a été publié et s’intitule : Viol(s) comme arme de guerre, Éditions L’Harmattan, Paris (2012) pour lequel elle a reçu le prix Zonta (Morges) « Non à la violence envers les femmes » en 2014.

Marjorie Gerbier-Aublanc

« Sexualité et recomposition des rapports de genre : trajectoires féminines et discours ordinaires dans les associations d’Africain.e.s vivant avec le VIH en France »

  • TLe tournant des années 2000 marque, dans la lutte contre le VIH en France, l’émergence d’une nébuleuse associative portée et gérée par des personnes d’Afrique Subsaharienne. Les femmes vivant avec le VIH incarnent les piliers de ces dynamiques communautaires. L’analyse de leurs trajectoires d’engagement, des interactions et discours ordinaires qui s’y tiennent quotidiennement, met en lumière un processus de recomposition des rapports de genre, au sein duquel la sexualité occupe une place de premier ordre.
  • Marjorie Gerbier-Aublanc est docteure en sociologie de l’université Paris Descartes. Ses travaux portent sur les dynamiques individuelles et collectives d’accueil et de soutien aux personnes en situation de migration contrainte (vivant avec le VIH et demandeuses d’asile). Elle a soutenu sa thèse de doctorat en mai 2016 sur l’engagement associatif des femmes d’Afrique Subsaharienne dans la cause du VIH en France. Elle est actuellement chercheure post-doctorante à l’EHESS, intégrée au programme Babels, et travaille sur les logiques de l’hospitalité individuelle envers les migrant.e.s à Paris.

Mardi 24 avril 2018 14h00-16h30 Salle des examens
Les parcours trans’ : enjeux de santé et de sexualité

Discutante : Sara Aguirre Sanchez Beato (ULB)

Emmanuel Beaubatie

« Parcours trans’, sexualités et rapports au risque d’infection par le VIH »

  • La population trans’ est très touchée par l’épidémie du sida. Pourtant, la littérature scientifique sur le sujet ne se penche guère sur ses spécificités face au risque d’infection. Elle évoque rarement les risques sociaux et psychosociaux qui se présentent lors des parcours de changement de sexe et qui peuvent reléguer le souci du VIH au second plan. De même, le rapport au risque n’est jamais situé dans les trajectoires socio-sexuelles des hommes et des femmes trans’, dont les subjectivités restent empreintes des socialisations préventives initiales bien après la transition. Ces parcours et socialisations étant par ailleurs variables selon les caractéristiques sociales des personnes, cette présentation portera sur la diversité des modes de construction du risque parmi les trans’ vivant en France.
  • TEmmanuel Beaubatie est sociologue, jeune docteur de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS) et chargé de cours dans le master Genre Politique et Sexualités (EHESS). Ses recherches portent sur le genre, la mobilité sociale, la santé et la sexualité. Il a soutenu une thèse intitulée « Transfuges de sexe. Genre, santé et sexualité dans les parcours d’hommes et de femmes trans’ en France » (2017). Il a été chercheur invité à l’INSERM où il a travaillé sur l’enquête « Trans’ et santé sexuelle », ainsi qu’à l’Institut national d’études démographiques, où il contribue au projet « Homosexualités : savoirs et méthodes ».

Karine Espineira

« Transidentités : études de cas ou parias ? Processus croisés liés à la sexualité et au genre »

  • L’étude des processus croisés liés à la sexualité des transidentités a mis en lumière des formes d’objectivisation des personnes et de leurs expériences de vie, soit par « un trop plein » de genre soit par « un trop plein » de sexualité. L’une des conséquences principales aura été de cantonner le sujet à l’étude de cas ou de lui conférer un statut de paria. Ces catégorisations ont entre autres effets l’oubli du sujet en tant qu’acteur social – inscrit dans un tissu relationnel, affectif, amical, familial, professionnel – et de ses besoins spécifiques comme ceux liés à la santé, selon les parcours de vie.
  • Sociologue, LEGS, Université Paris 8

Mardi 29 mai 2018 14h00-16h30 Salle des examens
Santé et sexualités en prison (et à la sortie)

Meoïn Hagège

« Sortir de prison avec le VIH ou une hépatite C, un processus d’ajustements pluriels »

  • Il s’agira d’aborder un moment particulier des parcours de soins d’hommes qui vivent avec le VIH ou une hépatite C et qui ont été incarcérés. Du point de vue des sortants, la sortie est une expérience liminaire, entre dedans et dehors et faite d’incertitudes, qui peut s’anticiper ou non, mais qui rend les patients vulnérables aux risques sociaux et sanitaires. Du point de vue institutionnel, la sortie de prison cristallise les préoccupations des professionnel.les de santé autour de l’interruption de la prise en charge et du risque de résistances aux traitements. Elle est conçue comme un problème de santé publique par les professionnel.les et permet mal d’appréhender les autres dimensions de l’expérience de la sortie de prison : les dimensions somatique et administrative (accès aux droits et aux services), celles liées à l’insertion relationnelle et à l’insertion par le travail et enfin, la dimension temporelle (particulière à l’expérience de passage du seuil entre dedans et dehors).
  • TMeoïn Hagège a soutenu sa thèse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales en 2016, en sociologie de la santé. Elle a étudié la santé des personnes détenues en prison puis à leur sortie, du point de vue des patients et des professionnel.les qui les prennent en charge. Aujourd’hui, elle mène un postdoctorat au sein de l’enquête Virage sur les violences de genre dans les Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion), à l’Institut national d’études démographiques à Paris. Elle enseigne en sciences sociales et en sociologie de la santé à l’Université Paris 13 et à l’Ecole supérieure de travail social à Paris.

Gwenola Ricordeau

« Penser la sexualité en prison »

  • Cette présentation, à partir de mes propres travaux et d’un état des recherches et de la connaissance dans le champ de la sexualité en prison, est organisée autour de trois questions : Comment les représentations sur la sexualité façonnent-elles son organisation en prison ? La prison est-elle productrice de sexualité ? Comment la sexualité s’articule-t-elle aux hiérarchies carcérales ?
  • Gwenola Ricordeau est professeure assistante au département de science politique et de justice criminelle de la California State University, Chico. Ses recherches portent notamment sur le genre et la sexualité en prison et elle a coordonné, avec Régis Schlagdenhauffen, le numéro « Sexualités et institutions pénales », de la revue Champ pénal/Penal Field (2016).

Mardi 19 juin 2018 18h00-20h30
Multipartenariat : infidélité et espaces de négociation

Marie-Carmen Garcia

La sexualité à l’épreuve de la clandestinité. Emancipation et « prises de risques »

  • La communication mettra en évidence les normes sexuelles qui régissent les liaisons extraconjugales hétérosexuelles. Forme spécifique de pluripartenariat, « l’adultère » transgresse tout à la fois la norme d’exclusivité sexuelle dans le couple et introduit dans le « couple caché » des pratiques sexuelles calquées sur la monogamie. Associée à l’idéal romantique, la reconstruction d’un couple « de l’ombre » évacue ainsi des représentations mentales des partenaires le pluripartenariat dans lequel ils s’inscrivent. Les personnes concernées ont ainsi une sexualité « clandestine » qui évacue la question de la « prise de risque ».
  • Marie-Carmen Garcia est sociologue, professeure des universités à l’Université Paul Sabatier Toulouse III, directrice adjointe du Cresco (Centre de recherche en sciences sociales, sport et corps) et chercheuse associée au Centre Max Weber (Lyon). Elle a été auparavant été Maître de Conférences en sociologie à l’Université Lumière-Lyon 2. Sociologue du genre, elle s’intéresse aux modes de production des féminités, des masculinités et des relations entre les sexes dans et par des institutions publiques d’une part et dans la vie privée d’autre part. La variété de ses terrains répond à un questionnement général sur les modes de socialisations secondaires articulant le genre et les corporéités. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Culture hip hop, jeunes des cités et politiques publiques (avec Sylvia Faure, La Dispute, 2005) et Artistes de cirque contemporain (La Dispute, 2011). Son dernier ouvrage, Amours Clandestines (PUL, 2016) explore le genre dans les relations amoureuses extraconjugales durables.

Catherine Deschamps

« Instrumentaliser le VIH pour séduire et draguer dans l’espace public »

  • A partir d’une recherche ethnographique dans des espaces publics et semi-publics parisiens de femmes hétérosexuelles et multipartenaires, il s’agit de montrer comment le VIH a pu modifier le rapport à la séduction et à la drague lors des premières rencontres avec des inconnus, par delà des questions de santé. Vers le tournant des années 2010, inviter ou ne pas inviter le VIH lors des prémices de sexualité permet à la fois d’effectuer un tri, de mettre en scène et en rôles des images de soi et de l’autre, de faire des promesses sur l’avenir qui, pour partie, n’ont plus à voir avec des préoccupations strictement préventives.
  • Catherine Deschamps, sociologue et anthropologue, est maître de conférence habilitée à diriger des recherches à l’ENS d’Architecture de Paris Val-de-Seine. Elle y fait notamment des cours qui articulent genre et espaces publics. Membre du laboratoire EVCAU, elle est aussi associée au Sophiapol/Lasco de l’Université de Nanterre. Quelques publications en rapport avec l’intervention : Deschamps, Le sexe et l’argent des trottoirs, Paris, Hachette Littérature, 2006 ; Broqua, Deschamps (dir.), L’échange economico-sexuel, Paris, Editions de l’EHESS, 2014.