Santé sexuelle LGBT

Projet de recherche-action : La prévention combinée du VIH et autres IST chez les gays, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) en Wallonie et à Bruxelles

Le Plan national belge de lutte contre le VIH 2014-19 consacre le paradigme de « prévention combinée » et appuie l’opérationnalisation de stratégies de prévention intégrées du VIH/sida et des autres IST, visant à articuler de façon conjointe « prévention primaire », « dépistage » et « traitements ». Le concept de « prévention combinée » prône ainsi l’alliance entre stratégies de prévention comportementales, structurelles et biomédicales, afin de proposer un plus grand nombre d’outils efficaces dans la lutte contre le VIH et les autres IST. Ces outils ne se substituent toutefois pas les uns aux autres. Il s’agit bien d’envisager leur utilisation combinée, faisant se chevaucher par conséquent les différentes stratégies de prévention au gré des situations individuelles (comportements, pratiques sexuelles, situation socio-économique, etc.) et collectives (données épidémiologiques, comportements, déterminants extérieurs, etc.). Viennent donc s’ajouter à l’utilisation du préservatif et du gel : le traitement comme prévention, le dépistage communautaire délocalisé et/ou démédicalisé, le traitement post-exposition et la prophylaxie pré-exposition. Ce développement paradigmatique, tout autant que l’évolution épidémiologique en Belgique francophone, encourage à la mise à jour des stratégies de prévention en Wallonie et à Bruxelles. Si certaines critiques concernant la biomédicalisation de la prévention doivent être adressées (problème d’accessibilité et inégalités sociales face à cet accès, financements publics, messages complexes, rapport médecin-patient, etc.), elle semble cependant ouvrir de nouvelles perspectives dans le contrôle de l’épidémie.

De plus, si la décennie précédente fut celle de la normalisation du VIH et des messages à l’attention de la population générale, les données épidémiologiques en Belgique francophone nous poussent à revoir notre copie et à envisager la lutte contre le VIH et les autres IST par publics prioritaires. Les gays, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) est l’un de ces publics-cibles ; public dont le principal facteur de risque réside dans une prévalence élevée du VIH et des autres IST. Nous placerons l’étude de ce public cible et des déterminants de l’épidémie au cœur de notre recherche, en prêtant une attention particulière aux pratiques sexuelles de cette population et aux taux de connaissances de celle-ci quant aux messages de prévention actuels. Lorsque nous aborderons la population gay s’identifiant comme gay – public principal lorsque nous parlons de « HSH » – nous axerons notre recherche sur la compréhension des structures de la vie sociale gay : la compréhension exhaustive des interactions au sein de cette population devra être au centre de l’adaptation des stratégies de prévention en Belgique francophone. En effet, de nombreux facteurs influent sur les sexualités des gays, bisexuels et autres HSH, notamment l’avènement de nouveaux outils de prévention (TasP, PrEP, etc.), l’évolution des moyens de rencontre 2.0 (applications mobiles) ou les nouvelles substances psychotropes / les nouveaux modes de consommation (soirées ‘chemsex’).

Au delà des objectifs scientifiques précités, nos objectifs opérationnels viseront la réorientation des stratégies de prévention des IST/sida à l’attention des HSH en Wallonie et à Bruxelles autant qu’une meilleure adéquation de ces stratégies avec la situation épidémiologique, comportementale et sociologique actuelle, tout en rencontrant les objectifs du plan national de lutte contre le VIH, et plus spécifiquement ceux liés à la prévention combinée. En ce compris les actions suivantes : collecter des données sur les thématiques prioritaires ; encadrer la mise en œuvre opérationnelle des actions visant les HSH ; agir en tant qu’organe de concertation dans la recherche d’un consensus entre les acteurs concernés ; renforcer les capacités des acteurs concernés. Cette approche participative semble particulièrement pertinente puisqu’elle mobilise acteurs de terrain et public cibles autour de la thématique, favorisant ainsi leur adhésion aux futurs plans d’actions et augmentant dès lors positivement l’impact de ceux-ci.

Axes de travail

Comme expliqué précédemment, notre recherche-action a pour objectif la réorientation des stratégies de prévention des IST/sida, en adéquation avec la situation épidémiologique, comportementale et sociologique actuelle des gays, bisexuels et autres HSH en Belgique francophone. Elle s’oriente autour de 3 enjeux majeurs pour la santé sexuelle de cette population :

Axe 1 : Les applications mobiles de rencontre

Les applications mobiles de rencontre sont utilisées très fréquemment par un nombre important de gays, bisexuels et autres HSH à des fins de rencontres sexuelles, affectives, amicales et même militantes. Cet axe de recherche visera l’étude des codes et activités propres à ces environnements de rencontres tout autant que leurs impacts sur les comportements et la vie sociale, affective et sexuelle. L’objectif opérationnel de cette recherche sera une intégration optimale des outils de rencontre 2.0 dans les interventions de terrain des acteurs de prévention.

Axe 2 : La prophylaxie pré-exposition (PrEP)

Dans le cadre des projets relatifs à la santé sexuelle des gays, bisexuels et autres HSH, l’Observatoire du sida et des sexualités offre un soutien méthodologique et/ou scientifique aux acteurs désireux de développer des interventions en matière de PrEP.
Plus d’infos

Axe 3 : Chemsex

Depuis plusieurs années, de nouvelles substances pyschotropes et/ou moyens de consommation font leur apparition auprès des gays, bisexuels et autres HSH, notamment la pratique du SLAM (injection intraveineuse de produits de type psychostimulant, tels que la méphédrone et ses dérivés). Certaines substances sont utilisées spécifiquement comme stimulant sexuel, notamment lors de soirées de sexe (dans les lieux de consommation sexuelle, à domicile, lors de pratique du sexe en groupe, etc.). L’expression « chemsex » est utilisée pour décrire des rapports sexuels entre hommes sous l’influence de drogues prises avant et/ou pendant les rapports sexuels. Cet axe de recherche visera à comprendre l’usage de ce type de substances psychotropes dans un contexte sexuel auprès de la population gays, bisexuels et autres HSH en Belgique francophone ainsi que la prévalence de ce phénomène dans les deux régions afin de pouvoir adapter les outils et stratégies de réduction de risques de façon adéquate.
Plus d’infos