Santé sexuelle LGBT

PrEP : les recherches communautaires en cours

Compte-rendu de la présentation des résultats de la recherche communautaire « PrEPage » à l’AFRAVIH 2016, par Daniela Rojas Castro, AIDES

L’enquête PrEPage fait suite aux résultats de l’étude Flash PrEP, réalisée par AIDES en France, auprès de 3024 personnes. Les résultats de cette première enquête quantitative faisaient état d’un taux d’utilisation de la PrEP sans encadrement médical (aussi appelée « PrEP sauvage ») de 4 ,5% pour la population étudiée. Sur base de ce constat, AIDES a décidé de mener une enquête qualitative, appelée PrEPage, afin de documenter les expériences multiples des usagers de la PrEP et de comprendre au mieux les besoins de ces personnes. L’objectif final étant d’adapter l’offre de service et ce alors que la PrEP n’était pas encore disponible en France (la RTU est arrivée en cours d’étude, ce qui a modifié les objectifs de celle-ci).

Pour l’enquête qualitative PrEPage, il faut noter un important biais dans le recrutement des participants puisque plus de la moitié étaient proches des réseaux militants ou d’associations de prévention. Parmi les 24 personnes constituant l’échantillon, 10 d’entre eux étaient des militants de AIDES. De plus, la plupart des PrEPers interrogés étaient des gays, bisexuels ou autres HSH, avec une situation financière plutôt aisée et un niveau d’études élevé. Les participants provenaient tous de villes où il n’y avait pas de centre IPERGAY, ce qui les éloignait des sources d’information concernant la PrEP. Pour être recrutés, les participants devaient avoir eu recours à la PrEP au moins deux fois au cours des douze derniers mois, devaient être majeurs et résider en France Métropolitaine.

Cette enquête souligne en premier lieu le fait que les publics qui ont recours à la PrEP hors encadrement médical (appelés ci-après « PrEPers sauvages ») s’identifient comme des personnes fortement exposées au risque de transmission du VIH : elles connaissent les pratiques dites à risques, se font dépister régulièrement, ont recours au traitement post-exposition et ont déjà contracté d’autres IST. Le niveau de connaissances en termes de prévention est donc élevé parmi ces PrEPers sauvages.

Les sources d’approvisionnement en PrEP sauvage sont multiples mais la première source mentionnée par les participants était les amies/connaissances vivant avec le VIH. Les autres sources sont multiples : des reliquats de TPE (voire des fausses demandes), des participants à l’essai IPERGAY fournissant les PrEPers, certains médecins qui prescrivaient déjà de la PrEP avant la RTU. Seule une personne a rapporté avoir acheté de la PrEP en ligne, les autres participants ayant des craintes par rapport à la fiabilité de cette filière.

Les PrEPers sauvages suivent globalement bien les schémas de prise de PrEP malgré le manque d’encadrement médical. Les personnes qui ne suivaient pas les schémas de manière efficace étaient en général éloignées des associations de prévention. Certaines adaptations des schémas de prise ont été remarquées, notamment parce que les PrEPers pensaient devoir augmenter le nombre de comprimés en fonction de la fréquence d’exposition au risque. La rareté des comprimés, quant à elle, n’a pas influencé les comportements de prévention des PrEPers: ils déclarent organiser leur(s) prise(s) de risque en fonction des comprimés restants ou en fonction de leur partenaire (utilisation  ou non de la PrEP en fonction du statut supposé du partenaire). Les participants ont déclaré se faire dépister plus régulièrement pour le VIH et les IST mais seulement quelques-uns se sont vus offrir un suivi PrEP adéquat par leur médecin.

En termes de pratiques et de comportements sexuels, les participants font mention de problèmes rencontrés avec leurs réseaux d’amis et de partenaires sexuels qui, pour la plupart, ne connaissaient pas ce nouvel outil de prévention et étaient sceptiques quant à son efficacité. Les PrEPers se sont donc heurtés au manque de connaissances autour de cet outil et à la stigmatisation liée à une sexualité où le préservatif n’est plus l’unique moyen de se protéger. Certains ont par conséquent décidé de changer de réseaux sexuels en donnant leur préférence aux PVVIH, généralement mieux informés sur la PrEP. Par ailleurs, les PrEPers sauvages ont continué à utiliser le préservatif de manière régulière et ont combiné les différents moyens de prévention en fonction des situations et des partenaires. Enfin, les participants ne déclarent aucune désinhibition des comportements sexuels.

Il est important de retenir que les participants à l’enquête affirment se sentir beaucoup plus en contrôle de leur prévention grâce à la PrEP. Ils mettent également en avant une satisfaction sexuelle grandissante et une amélioration globale de leur vie sexuelle.

Pour vous tenir informés sur les résultats de l’enquête : http://www.aides.org/actu/une-etude-sur-l-usage-sauvage-de-la-prep-2933

Compte-rendu de la présentation « La PrEP (TDF/FTC) à la demande dans la phase en ouvert de l’essai ANRS IPERGAY » à l’AFRAVIH 2016, par le Prof. Jean-Michel Molina

La phase en ouvert de l’essai ANRS IPERGAY a été lancée suite à l’arrêt prématuré du bras placebo. Au cours de cette phase qui durera jusqu’en juin 2016, tous les participants à l’étude reçoivent de la PrEP. Les résultats présentés lors de l’AFRAVIH datent de septembre 2015. Cette deuxième phase de l’essai vise notamment à étudier l’évolution de l’observance à la PrEP au cours du temps. Sachant que l’observance est la clé de voute de l’efficacité de cet outil de prévention, il semble dès lors primordial d’évaluer la manière dont les usagers adhèrent à celui-ci dans le temps et de mesurer son efficacité en fonction des fluctuations potentielles de l’observance.

Avant de parler des constats de la phase en ouvert, il faut souligner que l’un des avantages de la PrEP est d’attirer des personnes séro-ignorantes en demande de PrEP. Dans le cas d’IPERGAY, 11 personnes ont été diagnostiquées séropositives lors de la demande d’inclusion dans l’essai sur un total de 445 demandes. D’autre part, lors de la phase en double aveugle, la seule personne ayant été infectée par le VIH dans le bras recevant la PrEP avait en fait arrêté de prendre la PrEP au moment de l’infection.

Au total, 362 personnes ont démarré la phase en ouvert et, au mois de septembre 2015, 96,4% d’entre eux étaient encore dans l’étude. Après 9 mois d’essai, l’incidence du VIH avait drastiquement diminué par rapport à la phase en double aveugle : elle est passée de 6,6% pour le bras placebo et 0,9% pour le bras recevant la PrEP à 0,4% pour tous les participants en phase ouverte.

Au niveau de l’utilisation des comprimés reçus, le décompte moyen s’élève à 20 comprimés par mois, mais ce chiffre est biaisé parce que les participants partageaient leur PrEP et/ou les gardaient. Ce chiffre devrait donc plutôt s’élever à environ 15 comprimés par mois.

Lors de la phase en ouvert, on constate une diminution de l’utilisation du préservatif lors de la dernière pénétration anale. D’un autre côté, les participants ne déclarent pas avoir augmenté leur nombre de partenaires ni le nombre de rapports sexuels. Enfin, 27% déclarent ne pas avoir utilisé la PrEP lors du dernier rapport sexuel parce qu’ils estimaient ne pas en avoir besoin, qu’ils aient décidé d’utiliser le préservatif ou opéré un choix en fonction du statut sérologique présumé de leur partenaire.

Concernant les IST, 180 cas ont été rapportés dans la phase en ouvert chez 121 participants différents. Cela constitue une légère diminution des IST par rapport à la phase en double aveugle et par rapport à l’augmentation générale en Europe de toutes les IST. Cette diminution pourrait être notamment due à un dépistage régulier des IST, notamment celles asymptomatiques, et à leur traitement ce qui contribue à éviter leur propagation.

Enfin, la tolérance au médicament était bonne et les effets secondaires rares. Une seule personne a présenté de légers problèmes rénaux ainsi que des effets secondaires au niveau digestif. Le niveau de toxicité est donc peu élevé et la tubulopathie et les effets digestifs ne sont présents que chez 10% des participants. Pour la créatinine, le taux de toxicité constaté est, quant à lui, modéré.

Compte-rendu de la présentation « Expérience de la PrEP à Montréal : bonne observance, ni compensation de risques, ni séroconversion » à l’AFRAVIH 2016, par Réjean Thomas

La clinique Actuel est située dans Le Village à Montréal et se trouve donc au plus proche des personnes LGBTQIA+. Cette clinique offre notamment des services à l’attention des PVVIH mais aussi des services santé sexuelle et de RdR aux usagers de substances psychotropes.

La clinique Actuel délivre de la PrEP depuis 2011 et organise depuis 2014 une récolte de données sur les profils sociodémographiques, les comportements sexuels et de prévention des patients sous PrEP. Il faut souligner que la PrEP est remboursée au Québec mais pas dans le reste du Canada, en outre le remboursement est partiel avec un maximum de 1000 dollars par an. Cet outil n’est donc pas accessible à tous.

Selon l’expérience de la clinique Actuel, le continuum des soins pour la PrEP est complexe puisqu’il varie en fonction des périodes de vie, des envies de prévention, des partenaires sexuels etc. Un counseling adapté et un suivi adéquat sont donc fournis aux 746 PrEPers de la clinique, ce qui représente un défi logistique compte tenu de ressources limitées.

Les PrEPers suivis dans cette clinique sont majoritairement des hommes (99%) de plus de 30 ans (75%), homosexuels (96%), hautement éduqués (62% ont un diplôme universitaire) et avec un salaire élevé (50%). Ils sont pour la plupart bien informés sur la PrEP avant leur demande de délivrance. Ils font le choix de la PrEP pour les raisons suivantes : ils sont en couple sérodiscordant ; ils recourent fréquemment au TPE ; ils pratiquent la pénétration anale sans préservatif (70% d’entre eux). 80 % adoptent un schéma de prise quotidienne, schéma qui est davantage utilisé par les personnes les plus jeunes qui ont des rapports sexuels plus fréquents. Les PrEPers plus âgés favorisent un schéma de prise à la demande. Seuls 5% des PrEPers déclarent avoir des problèmes d’observance au traitement.

Sur les 746 personnes suivies, 16% déclarent avoir augmenté le nombre de relations sexuelles non protégées par un préservatif depuis qu’elles sont sous PrEP mais elles ne relèvent aucun changement de comportements dits à risque. Aucun cas de séroconversion n’a été constaté auprès des PrEPers qui sont observants alors que 3 personnes ont été infectées au moment de l’arrêt de l’utilisation de la PrEP.

Le projet de recherche communautaire « Résonance »

Le projet de recherche communautaire « Résonance » a pour objet l’étude de la compréhension et de la perception de la PrEP par les hommes gays, bisexuels et autres HSH au Canada, ainsi que l’influence de ce nouvel outil de prévention sur les comportements sexuels de ceux-ci. L’objectif de cette recherche est l’adaptation des stratégies de santé publique et des outils/campagnes de prévention afin d’assurer une mise en œuvre efficace et optimale de la PrEP au Canada.

Cette recherche a vu le jour alors que le discours communautaire sur la PrEP prenait de l’ampleur : les gays, bisexuels et autres HSH échangeaient déjà depuis longtemps de nombreuses informations sur la PrEP, notamment en ligne via les sites de rencontre et autres réseaux sociaux. Les acteurs du projet « Résonance » ont dès lors jugé essentiel de fournir des informations précises et objectives sur la PrEP afin d’éviter que de trop nombreuses idées reçues ou mauvaises informations ne circulent.

Les résultats de cette enquête qualitative s’appuient sur les données récoltées entre 2013 et 2014 lors des quinze groupes de discussion réunissant le public cible (que les participants soient professionnels de la santé ou non) dans trois villes du Canada (Vancouver, Toronto et Montréal.) et lors d’une série d’entretiens. Les 86 personnes ayant pris part à ces ateliers peuvent être réparties en quatre profils-types : les hommes en contact avec des organismes de prévention du VIH ; les hommes en couples sérodiscordants ; les hommes vivant avec le VIH actifs sexuellement ; les hommes séronégatifs dont le risque d’exposition au VIH est élevé.

Il est important de souligner que, depuis la récolte de données en 2014, beaucoup de campagnes de prévention ont été lancées autour de la PrEP, notamment suite à la parution des résultats de PROUD et IPERGAY. Il est donc permis de croire que les perceptions et connaissances des gays, bisexuels et autres HSH ont aujourd’hui sensiblement évolué. Les résultats de cette enquête sont donc partiellement à mettre à jour.

Les résultats du projet « Résonance » mettent en avant un taux de connaissance de la PrEP inégal à l’époque de la récolte de données. Les gays, bisexuels et autres HSH les moins bien informés étaient alors le groupe d’hommes séronégatifs fortement exposés au VIH.

Selon l’enquête, les préoccupations des participants tournent autour des plusieurs thématiques : le rapport coût-efficacité de ce type d’outil, les effets secondaires du traitement et la stigmatisation relative à l’utilisation de la PrEP. Sur ce dernier point, il faut constater que l’expression Truvada Whore (littéralement « Pute Truvada ») était désignée par les participants comme symbole de la stigmatisation liée à l’utilisation de la PrEP et d’une sexualité ne répondant à l’injonction de la norme du « tout capote ».

Les participants sont partagés quant à la nécessité de leur proposer la PrEP, comme moyen additionnel de se protéger. Pour certains, cet outil permettrait un faux sentiment de sécurité, alors que pour d’autres il permettrait de sécuriser des relations déjà non protégées par le préservatif. Certains, enfin, voient dans cet outil une certaine libération, puisqu’ils ne prennent notamment pas de plaisir lors de l’utilisation de préservatif.

Il ressort enfin que le manque d’adhésion à l’outil provient principalement d’un manque d’informations (certaines tranches de population n’étant pas touchées par les campagnes de prévention) et d’un manque de consensus international sur la PrEP. Cependant, il faut remarquer qu’une fois que les participants reçoivent une information objective et complète sur la PrEP, leurs interrogations s’orientent vers presque uniquement vers les modalités d’accès au traitement (et non plus l’efficacité du traitement ou sa potentielle utilisation).

Vous désirez en savoir plus sur le projet, visitez le lien suivant et sur lequel vous pourrez visionner le Webinaire « Quel est le buzz sur la PrEP? Pourquoi la santé publique est-elle à l’écoute? » : http://www.catie.ca/fr/webinaires/quel-buzz-prep-pourquoi-sante-publique-elle-ecoute

Participez à l’étude « PrEP in the Wild »

L’International Rectal Microbicides Advocates (IRMA), en partenariat avec les chercheurs de la AIDS Foundation de Chicago, de Socios en Salud et de l’école de santé publique de l’Université de Californie, Los Angeles (UCLA) lancent une enquête en ligne sur l’utilisation de la PrEP hors encadrement médical (PrEP sauvage), dans les pays où celle-ci n’est ni approuvée, ni autorisée, ni prescrite par une ordonnance.

Tout comme l’étude PrEPage, l’étude « PrEP in the Wild » cherche à récolter des informations sur les expériences des usagers de PrEP sauvage. Elle s’adresse aux usagers, aux professionnels de la santé ayant prescrit de la PrEP ou encadré des personnes en prenant, ou toute personne ayant essayé de se procurer de cet outil de prévention sans pour autant y arriver.

Pour participer à cette enquête, veuillez vous rendre sur le lien http://survey.qualtrics.com/jfe/form/SV_3seIdxCmf4y6JPD

Le questionnaire (durée  de 15 à 30 minutes) est disponible en français, anglais et espagnol.