VIH et migration

Migrants et VIH : une approche postcoloniale

Cet projet de recherche tente de comprendre les liens entre la Belgique et ses anciennes colonies et protectorats (Congo/ Zaïre, Rwanda, Burundi) autour de la problématique du VIH/sida, à la fois sous l’angle des représentations que le sida a générées en Belgique, mais aussi de la gestion politique de l’épidémie et de son évolution depuis les années 1980.

La réflexion a été initiée en 2012 suite à l’invitation par Sarah Demart (chargée de recherches FNRS au CEDEM de l’Université de Liège) à une journée de réflexion intitulée « Congolese migrations in Belgium : mobility, settledness and diversity in a postcolonial context ». Elle s’est poursuivie par une collaboration avec Dany Kanyeba, coordinatrice de l’asbl Libiki (qui a pour objectif l’accompagnement, le suivi, la sensibilisation des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA et principalement issues des communautés africaines). Le principe de cette collaboration était à la fois de réfléchir à la question postcoloniale en Belgique et d’instaurer des dialogues innovants entre chercheurs et militants. Elle a abouti à la rédaction d’un article commun (voir ci-dessous). Ce dernier analyse comment les migrants congolais séropositifs ont été appréhendés, traités et autorisés (ou non) à s’installer en Belgique. La première partie du document souligne comment les Belges vont essentialiser l’épidémie de VIH/ sida comme une «maladie africaine», et même un «Congolais virus». La deuxième partie montre le lien entre cette représentation et le contrôle des immigrés africains en instaurant le dépistage obligatoire du VIH pour les étudiants congolais dans les années 1980. La dernière partie de ce document intègre les voix et les points de vue des militants africains, affirmant que les tests obligatoires sont toujours pratiqués en RDC. En conclusion, comme Achille Mbembe l’a théorisé, les « scories postcoloniales » doivent être prises en compte (sans que cela implique un passage linéaire du colonial au postcolonial) si nous voulons comprendre les politiques européennes et internationales aujourd’hui en Afrique ou à l’égard.

La problématique de la restriction de la mobilité des migrants africains séropositifs et de leur difficile accès aux soins (pour ceux en attente d’une régularisation de leur séjour) a continué à faire l’objet d’une attention et d’une réflexion au sein de l’Observatoire. Tout d’abord, un workshop a été organisé avec Véronique Dimier de l’ULB en mars 2013 autour de la gouvernance internationale de la santé. Par la suite, l’organisation d’un cycle de conférences en mars 2014 autour de la pensée d’Achille Mbembe, grand auteur africain du postcolonial , a été l’occasion d’approfondir cette réflexion, notamment en l’enrichissant d’un point de vue conceptuel à travers la notion de « nécropolitique » de Mbembe. Cela a donné lieu à une communication intitulée : « La biopolitique en Postcolonie : une nécropolitique ? Réflexions à partir de la politique belge de lutte contre le sida ».