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Excision et migration en Belgique francophone

En 2009, le GAMS Belgique a fait appel à l’Observatoire du sida et des sexualités pour réaliser une enquête exploratoire de type socio-anthropologique au sujet des pratiques et des significations de l’excision en contexte migratoire du point de vue des acteurs concernés ; mais aussi des ressources et des obstacles à l’abandon de la pratique ; et enfin de l’impact des dispositifs de lutte contre l’excision (prévention, protection, répression).

Des entretiens individuels approfondis ont été réalisés avec 9 femmes et hommes et un entretien collectif a été mené avec 35 femmes demandeuses d’asile, toutes et tous originaires d’un pays où l’excision ou l’infibulation sont pratiquées. De plus, 13 entretiens semi-directifs ont été organisés avec des intervenant.es des secteurs de la santé et de la santé sexuelle, de la planification familiale, de la migration et du droit à Bruxelles et à Liège.

Le rapport de recherche présente d’abord un état des lieux de la situation dans le monde (démographie, prévalence) et en Belgique. Les cas de mutilation connus en Belgique francophone sont ensuite décrits, au-delà des nombreuses rumeurs qui circulent à ce sujet et malgré les difficultés à connaître ces situations vu le silence qui les entoure dans un contexte de pénalisation et de stigmatisation.

L’analyse met en avant la notion de « système-excision » en montrant que l’excision et l’infibulation s’inscrivent dans un ensemble de pratiques discursives et matérielles de construction et d’assignation du féminin et du masculin, en particulier à travers le contrôle de la sexualité des femmes. Prérequis à l’échange matrimonial, l’excision participe ainsi de la construction du « régime hétérosexuel » en affirmant la division des genres. Contribuant également à l’éducation des femmes, supposées « ordonnées » et subordonnées, l’excision vient marquer une double domination de genre et d’âge.

La recherche met au jour l’impact de la migration sur l’excision et identifie des facteurs favorisant son abandon. Ce processus commence d’ailleurs souvent dans les pays d’origine. Si la souffrance des femmes et surtout son expression sont au cœur du processus de changement, la prise de conscience que l’excision n’est pas prescrite par la religion et qu’elle n’est pas universellement pratiquée, ainsi que le contact avec les associations de lutte contre les MGF – principalement à travers leur travail de sensibilisation au plan de la santé sexuelle et reproductive – constituent d’importants points de bifurcation dans les trajectoires des migrant.es.

Le contexte belge, marqué par des dispositifs de prévention, de protection internationale (asile) et de répression pénale, apparaît globalement défavorable à la pratique, quelles que soient ses formes.

Toutefois, l’acquisition de nouveaux savoirs sur l’excision est en même temps potentiellement génératrice de souffrances spécifiques et jusque-là inconnues, puisqu’il arrive que des femmes excisées, prenant connaissance d’une autre lecture de la pratique voire « découvrant » qu’elles sont excisées, se sentent diminuées et ne se vivent plus « entièrement femmes » dès lors que le discours sexuel ambiant leur renvoie l’image de femmes amputées d’un organe essentiel à leur (hétéro-) sexualité et à leur identité.

Ce travail montre également comment des familles négocient progressivement un arrêt de la pratique pour leurs enfants, révélant divers arbitrages entre injonction sanitaire, impératif « communautaire » et logique matrimoniale. D’une part, le recours à la loi constitue une ressource pour les familles désireuses de ne pas faire exciser leur enfant ; d’autre part, la pression est forte pour ne pas abandonner totalement la pratique en procédant, par exemple, à des excisions jugées « moins » mutilantes (en pratiquant une forme moins sévère de MGF).

Enfin, la recherche propose une analyse critique de la dimension institutionnelle de la problématique et soulève plusieurs enjeux, notamment sanitaires, relatifs aux intersections entre genre et « culture » à travers les champs d’application de la loi pénale et de l’octroi du statut de réfugié. En retraçant la genèse, la réception et la mise en oeuvre des dispositions réprimant les auteurs de MGF et des directives relatives à la protection internationale au motif du risque d’excision, plusieurs effets contre-productifs sont pointés menant à la conclusion que les stratégies de contrôle doivent absolument être accompagnées, voire même précédées, d’approches globales en matière de santé et d’éducation.